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L’EXPLOITATION
DE LA CHAUX
Bien avant l’activité liée aux
tortues marines, le site de Kélonia vit au rythme de la chaufournerie.
Vers 1940 est construit le plus haut four à chaux de l’île qui, 10 ans
plus tard, sera concurrencé par la chaux d’importation et le ciment. Le
four cesse de fonctionner en 1960. En 1969, un arrêté préfectoral
interdit l’extraction du corail dans le lagon. Dès lors, la
chaufournerie s’éteint peu à peu. Cette activité nécessitait beaucoup de
main d’oeuvre. Tout comme son père avant lui, Jean Marc Atrigo est
employé sur le four jusqu’à sa fermeture. «C’était dur, toute la
journée on transportait sur nos têtes les paniers de coraux. Souvent de
la chaux restait collée à notre peau, pour s’en débarrasser on
s’enduisaient d’huile de coco...»
UN PROJET INNOVANT
La pose de la première pierre
de la Ferme CORAIL en 1977, génère de grands espoirs pour La Réunion.
Financé par des capitaux réunionnais et métropolitains, avec le soutien
des collectivités, cet établissement aquacole innovant doit créer des
emplois et exporter sa production dans le monde entier. La ferme pilote
de Saint-Leu est la préfiguration d’un projet ambitionnant de produire
1000 tonnes par an. Mais déjà certaines associations écologistes
critiquent cet élevage conçu sur le modèle productiviste des années 70.
LA FILIÈRE TORTUE
L’élevage favorise le
développement d’une véritable filière économique utilisant sa
production. Les formations (1980, 1981 et 1982) en artisanat utilisant
l’écaille d’élevage sont un succès : sept ateliers sont créés et
transformeront également des os et le cuir. L’approvisionnement régulier
favorise la valorisation par les restaurateurs et les industriels qui
proposent samoussas, viande fumée, conserves de soupe ou civet et foie
gras des mers. La viande de tortue d’élevage approvisionnera également,
mais avec un succès moindre, certaines cantines scolaires.
L’ÉLEVAGE EN RANCH OU RANCHING
Ce type d’élevage consiste à
faire grossir en captivité des juvéniles prélevés dans le milieu
naturel. Cela dispense de maintenir un cheptel de géniteurs captifs, par
contre l’élevage est directement dépendant de la reproduction naturelle.
Le ranch de Saint-Leu prélevait les nouveaux-nés sur les îles Eparses
d'Europa et de Tromelin sur lesquelles plusieurs millions de naissances
ont lieu chaque année. Afin de ne pas pénaliser le renouvellement des
populations de tortues sur ces îles, seules les tortues naissant le jour
pouvaient être prélevées pour le ranch: ces nouveaux-nés sont
naturellement la proie des oiseaux marins, notamment des frégates. Le
nombre de tortues prélevées était fixé par la préfecture de La Réunion
après étude par l’ISTPM, (qui devint ensuite l’Ifremer) du nombre de
traces de montées en ponte relevé chaque jour par le personnel de Météo
France présent en permanence sur ces îles.
LA DIVERSIFICATION AQUACOLE
L’évolution de la
réglementation concernant le commerce des produits provenant des tortues
marines, conduit l’entreprise à rechercher une diversification sur
d’autres espèces. Après plusieurs essais, le choix se portera sur
l’élevage associé: tortue/poisson. La Société Bourbonnaise d’Aquaculture
(SBA), qui géra la ferme de 1986 à 1997, optera pour un tilapia
euryhalin Oreochromis mossambicus (supportant de fortes variations de
salinité) dont la reproduction en eau de mer est maîtrisée sur le site
et qui permet une meilleure utilisation des bassins et de l’aliment
distribué aux tortues. Dans les années 90, jusqu’à 25 tonnes par an
seront commercialisées sous l’appellation Rouge Corail, dans les
restaurants et les poissonneries sur les étals desquelles le poisson se
distingue par sa robe unie orangée. Après avoir maintenu plus de 15
générations en eau de mer et exporté la souche en Afrique de l’Ouest,
l’élevage de Rouge Corail s’arrêtera quelques années après celui de la
tortue verte à laquelle il était associé.
DIFFICILE CONTEXTE RÉGLEMENTAIRE
Les ambitions réunionnaises
sont contrariées en 1981, les tortues marines sont classées à l’annexe I
de la convention de Washington (CITES), ce qui en interdit le commerce
international. Localement les tortues sauvages sont protégées dés 1983
par arrêté préfectoral, et la France tente de démontrer que cette
protection et l’élevage en ranch ne mettent pas en danger l’espèce pour
obtenir des dérogations. Mais au contraire, la réglementation se
durcira, et les marchés accessibles aux produits de la ferme se
réduisent de plus en plus.
LA FERME DE TOUTES LES POLÉMIQUES
Pour les acteurs économiques
et les collectivités, le ranch de Saint-Leu est le symbole d’une Réunion
qui innove pour sortir d’un chômage «endémique» élevé et redresser la
balance commerciale en exportant sa production. Les promoteurs de
l’élevage assurent que la mise sur le marché de produits d’élevage fera
baisser la pression sur les stocks sauvages et que la préservation des
plages de ponte des îles Éparses, nécessaire pour assurer la pérennité
des prélèvements de nouveaux-nés, contribue à la conservation de
l’espèce. Par ailleurs, dans les années 80, cet élevage original sera le
site touristique le plus visité de l’île.
Mais certaines associations
écologistes combattront dés sa création et parfois durement, cet élevage
d’une espèce menacée. Les conditions d’élevage et les écarts dans la
gestion de l’établissement, dont les difficultés financières seront
accrues par la réduction progressive de son marché, leur fourniront des
arguments. Contrairement aux défenseurs du ranch, ces associations
soutiennent que le maintien d’un commerce de tortue entretien un besoin
et favorise indirectement le braconnage.
La presse locale et parfois
nationale se fera largement l’écho de cette lutte entre opposants et
défenseurs du ranch. Mais le débat autour du ranch, qui durera vingt
ans, rendra à la tortue de mer la place qui était la sienne lors de
l’arrivée des premiers colons sur l’île, et qu’elle avait perdu en se
raréfiant.
DE LA FERME CORAIL À KÉLONIA
La Région Réunion intervient
en 1989 en achetant les terrains et bâtiments de la Ferme Corail pour
soutenir la filière tortue et maîtriser un foncier convoité. La
collectivité intervient auprès des ministères pour qu’un cadre juridique
stable soit défini.
Mais
en 1994, le ministère de l’environnement décide d’arrêter l’élevage
commercial, et un moratoire est mis en place pour permettre la
reconversion de la Ferme Corail. La Région décide alors de transformer
le ranch en un établissement de recherche et de sensibilisation. Le
chantier de «réhabilitation de la Ferme Corail» financé par la Région
Réunion et l’Union Européenne démarre en 2004. Kélonia est inauguré le
18 août 2006.
PROJET MUSÉOGRAPHIQUE
Le parcours muséographique de
Kélonia s’appuie sur l’histoire du site étroitement liée à
l’exploitation des ressources naturelles marines. L’intérêt est de faire
réfléchir les visiteurs sur la nécessité et la difficulté, à concilier
économie, social, environnement et culture. Il est pour cela fait appel
autant aux sciences naturelles qu’aux sciences humaines pour dans un
premier temps, faire découvrir les caractéristiques exceptionnelles des
tortues marines, puis la diversité des liens souvent étroits qui se sont
tissés entre sociétés humaines et tortues marines. Afin de nourrir la
réflexion, à laquelle sont finalement invités les visiteurs, sur comment
assurer un développement durable. Les programmes d’étude et de
conservation auxquels participe kélonia permettent d’alimenter et de
faire vivre l’espace de sensibilisation.
Source: Site Web officiel de
Kélonia (2009)
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